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C’est avec une “profonde tristesse“, selon la formule consacrée,  que j’ai appris la disparition de Jean-Claude Brisseau. Tristesse plus particulière, en raison, d’abord, de la solitude dans laquelle il se trouvait, lui, l’un “des plus grands cinéastes français“, comme le dit à juste titre Camille Nevers dans son bel article nécrologique de Libération. Mais aussi liée à notre connaissance personnelle. J’avais rencontré Brisseau aux Films du Losange à l’époque où il réalisait “Un jeu brutal“ alors que j’y préparais “Liberty Belle“. Brisseau ne venait pas du “sérail“, ce qui aurait pu le marginaliser, mais l’acuité cinématographique de Margaret Menegoz, la productrice, et d’Eric Rohmer, qui connaissaient ses premiers essais, ne s’y était pas trompée, et Margaret l’avait engagé pour plusieurs films. Je me souviens des conversations cinéphiliques passionnées que nous avions alors ensemble au Losange, Brisseau étant, comme moi d’ailleurs, aussi spectateur que cinéaste.

Ce qui “infusait“ sa création est trop complexe (et je n’y entrerais pas) pour la résumer par “mystique“ auquel je préfèrerais d’ailleurs, comme pour Dreyer ou Pialat, “surnaturel“.
Il avait, en tous cas, la liberté d’inspiration et l’indépendance d’esprit que les cinéastes que nous sommes ne peuvent manquer d’admirer.
Le sexe et la mort, obsessions de Brisseau, avait bien de quoi lui brûler les ailes. Et cela n’a pas manqué.

Pascal Kané, Cinéaste de L’ARP