TRIBUNE : LA CREATION DOIT REFONDER L’AUDIOVISUEL PUBLIC

TRIBUNE : LA CREATION DOIT REFONDER L’AUDIOVISUEL PUBLIC

 

Tribune du Conseil d’Administration de L’ARP

JDD du 14 janvier 2018

Réinventer l’audiovisuel public ! Si l’exercice peut sembler compliqué, il est surtout passionnant, tant il soulève d’enjeux et d’espoirs à l’heure du numérique, et nous invite à une audace enthousiasmante, inédite.

La France est le pays de l’exception culturelle. Elle se doit donc de posséder un service public audiovisuel d’exception, populaire et exigeant sans être élitiste (Coluche et Desproges auraient brillamment su le définir) ; un média inspirant, gage de modernité, de qualité et de diversité, défricheur de talents et de nouveaux langages.

L’audiovisuel public ne peut pas réussir moins bien que le cinéma français qui, grâce à son mode de financement et à une régulation attentive, s’est développé et renouvelé. Notre cinéma est le premier au monde du point de vue de la production et de la diffusion des films de la diversité. En Europe et partout ailleurs, un large public le plébiscite en salles et sur tous les autres supports. La France est aussi le premier pays coproducteur : elle cofinance et participe au destin des œuvres des plus grands cinéastes des cinq continents. Sept films sur neuf nommés cette année aux Oscars dans la section du Meilleur film étranger sont coproduits par la France, tout comme 60% des films présentés dans les différentes sections du Festival de Cannes.

A l’heure où le Président de la République affirme sa volonté de réinventer l’audiovisuel public, osons être utopistes et imaginons un modèle français idéal.

 

Dans un paysage audiovisuel dominé à la fois par des acteurs internationaux tout-puissants et par la profusion d’images, seule une identité éditoriale forte déterminera le choix du spectateur, permettra de lutter contre le formatage et les algorithmes. Ces derniers n’analysent et ne recréent que du passé, là où l’audace est tournée vers le présent et l’avenir. Mais un service public audiovisuel se doit d’être libre, d’autant plus lorsqu’il n’est pas contraint par la publicité. Il innove et explore de nouvelles écritures, avec imagination et impertinence. Il s’autorise la prise de risque. Il devient un label reconnu, précurseur et non pas suiveur, d’œuvres visibles nulle part ailleurs.

La « French Touch » naît de celle alliance, unique au monde, d’un vaste patrimoine culturel, d’identités multiples, et d’un grain de folie. La transition numérique nous offre l’opportunité de mieux exposer et exporter cette richesse de l’expression française, et de toutes les voix soutenues par la France. A l’exemple de la BBC, la signature de notre audiovisuel public doit donc être forte, à l’intérieur de l’hexagone comme à l’extérieur.

 

Grâce à ses multiples déclinaisons, le numérique peut permettre à l’audiovisuel public de s’adresser à tous les types de spectateurs, d’éditorialiser, à travers les différents canaux et formats, des programmes spécifiques, adaptés à chaque population et à ses usages de consommation. La diffusion d’œuvres pour la jeunesse, notamment, repose la question du format, de la modernité de l’écriture. Adoptons le modèle du média global, rendons les œuvres accessibles à la demande sur tous les supports, pour répondre aux attentes des citoyens.

Au sein de ce label, attribuons aussi à chaque chaîne une ligne éditoriale spécifique, qui permette de fidéliser cette multiplicité de publics, de répondre à leurs attentes, mais aussi d’en créer de nouvelles.

 

Dans le contexte d’un marché globalisé fortement concurrentiel, dans lequel la construction d’une identité forte exige un modèle économique pérenne, le service audiovisuel public pour tous doit être financé par tous.

Garantissons-lui un écosystème équitable et durable. Faisons de la France et de l’Europe un projet commun au service de la diversité culturelle, plutôt qu’un espace de contournement des dispositions légales et réglementaires. En s’imposant équitablement à tous les diffuseurs d’œuvres en mode linéaire ou à la demande, la régulation française et européenne posera les bases indispensables d’une concurrence vertueuse.

Nous sommes mobilisés autour de cette ambitieuse et indispensable révolution. Il nous paraît indispensable, afin de tourner le dos à la lourdeur technocratique, que cinéastes, journalistes, écrivains, artistes, insufflent des idées prospectives,  partagent  expertises, connaissances, réflexions et prises de décision, au cœur de l’administration de ce nouveau service public audiovisuel.

Ensemble, prenons le temps d’examiner les pistes de cette réforme, dépassons les corporatismes afin que le service public audiovisuel puisse pleinement rayonner, au bénéfice de tous les citoyens.

 

 

Claude Lelouch, Radu Mihaileanu, Dante Desarthe, Eric Lartigau, Pierre Jolivet, Camille de Casabianca, Joël Farges, Jean-Paul Salomé, Evelyne Dress, Jean Marboeuf, Julie Bertuccelli, Patrick Braoudé, Christian Carion, Costa Gavras, Philippe Le Guay, Michel Hazanavicius, Gérard Krawczyk, Thomas Langmann, Nathalie Marchak, Steve Moreau, Olivier Nakache et Eric Tolédano, Membres du Conseil d’Administration de L’ARP – Société civile des Auteurs Réalisateurs Producteurs

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