CULTURE ET PRESIDENTIELLES

CULTURE ET PRESIDENTIELLES

Aujourd’hui, le cinéma français se porte bien et atteint, avec plus de 260 films français par an et 200 millions d’entrées, des résultats historiques. Les films français s’exportent à nouveau et sont dignement reconnus dans les festivals internationaux. Une nouvelle génération de cinéastes émerge qui témoigne d’une nouvelle forme de diversité dont on peut s’enorgueillir.

Pour autant, ces bons résultats ne doivent pas masquer la fragilité permanente de ce secteur, auquel il manque une vision prospective : certes, la loi Hadopi freine l’épanchement des  œuvres sur internet, mais une véritable politique de développement d’offre légale fait encore cruellement défaut. De la même manière, aucune piste de financement des œuvres à l’heure numérique n’a été explorée ; cette question est pourtant essentielle pour la pérennité de la création cinématographique.

Enfin, au-delà de la récurrence des dispositifs d’éducation à l’image et de quelques actions fortement médiatisées, telle que la plateforme ciné-lycée, une réelle politique des publics devrait être développée.

Aujourd’hui, l’offre légale de vidéo à la demande n’est pas à la hauteur pour concurrencer l’offre illégale : seulement 6000 films sont disponibles en ligne sur des plateformes extrêmement disparates, et à des tarifs qui ne peuvent être compétitifs face à des acteurs comme Itunes, notamment du fait d’une TVA trop élevée.

Pourtant, le Président de la République avait promis la naissance d’un « site ou d’un moteur de recherche unique pour naviguer dans la totalité des catalogues » culturels français, ainsiq qu’une TVA à taux réduit pour les biens culturels numériques. Un grand plan de numérisation des films était par ailleurs annoncée, afin notamment de favoriser leur exploitation sur les plateformes de vidéo à la demande, et qui aurait eu un rôle essentiel pour les industries techniques du secteur cinématographique. Celles-ci souffrent en effet violement de la mutation numérique et notamment en premier lieu les laboratoires, certains ayant dû mettre la clef sous la porte.

S’agissant du financement de la création cinématographique, des pistes doivent être imaginées. Il n’y a pas nécessairement besoin de plus d’argent dans le cinéma, mais il faut garantir la pérennité de la création cinématographique en adaptant au mieux son financement aux bouleversements des modes de diffusion des images. Après le débat qui a animé la création de la Hadopi, il s’agit aujourd’hui d’imaginer des voies qui réconcilieront les artistes et leur public.

Quelques propositions…


1/ Développer enfin l’offre légale

- Repenser la chronologie des médias afin de permettre une meilleure circulation des films sur internet et favoriser également l’offre légale, notamment pour les films les plus fragiles.

- Investir réellement dans la numérisation des catalogues.

- Repenser le droit d’auteur à l’heure d’Internet pour le moderniser et assurer à la fois son respect et sa pérennité.

- Penser et mettre en place un véritable service public audiovisuel sur internet, à l’instar du service public télévisuel, donnant toute sa place à la diffusion du cinéma.


2/ Réinventer l’action culturelle et la politique en direction des publics

- Réflexion sur l’éducation à l’image : notamment, une heure de cinéma pourrait être instaurée dans le cadre des programme scolaire, afin d’apprendre, à l’instar de la musique, l’histoire du cinéma, ses techniques, assortie d’une éducation au droit d’auteur. Cela permettrait de pallier au vieillissement de la population dans les salles de cinéma.

- Lever les freins financiers à l’accès de tous les publics aux films en ligne

- En échange du financement public de la numérisation des films, « libération des droits de ces derniers pour une période donnée » sur des sites à accès réservé (scolaires, secondaires, universitaires) à destination des 12-25 ans.


3/ Pérenniser la création cinématographique en adaptant son financement

- Réfléchir à la manière d’inciter les grands acteurs d’Internet à financer la création, notamment via un pacte culturel : les FAI pourraient bénéficier à nouveau d’une TVA à taux réduit en échange d’un niveau d’investissements dans la création.

- Inciter les acteurs d’Internet à s’acquitter d’une contribution pour l’usage de la bande passante, ou à participer au financement de la création.

- Repenser les obligations des diffuseurs audiovisuels vis-à-vis de la création cinématographique. Aujourd’hui, le numérique a redessiné intégralement le paysage audiovisuel : émergence de la TNT, concentration du secteur, Télévision de rattrapage, vidéo à la demande par abonnement… toutes ces évolutions modifient profondément le mode de diffusion des œuvres, et doivent aussi engendrer une modification des obligations des services de télévision. Par ailleurs, une réflexion pourrait être engagée sur un élargissement des pouvoirs du CSA afin qu’il puisse appréhender ces nouveaux modes de diffusion et y opérer un contrôle efficace.

- Il faudra réformer l’audiovisuel public, en révisant notamment les conditions de nomination du Président du Groupe France Télévisions.

- Parce qu’en matière numérique, la culture est toujours en étau entre les fournisseurs d’accès et Bercy, il faudrait garantir une vision globale et cohérente d’une politique culturelle numérique.

- Réfléchir à l’instauration d’une TVA à taux réduit pour les vidéos numériques.

- Alors que la solidarité européenne tend à s’effriter, réaffirmer la spécificité de l’audiovisuel à l’échelon communautaire, en renouvelant le dialogue avec nos partenaires et avec la Commission européenne.

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